Elle s'applique à ordonner dans de petites cases les brumes de pensées qui encombrent son esprit. Elle s'invente une vie, range son passé dans des tiroirs de pin clair qui selon l'instant ressemblent tantôt à d'immenses armoires, tantôt à de petites boites d'allumettes. Elle tente alors de dicerner ses sentiments. Elle ressent pas mal de choses. Parfois en accord avec ses pensées, quelques fois très différentes. Elle peine à exliquer cette distortion qu'elle ne comprend que bien peu.
Elle s'invente une vie. Toujours présente parmis eux, mais l'esprit volant très haut, le clignement de ses cils se coordonnant au rayonnement de la journée d'automne, riche en voluptueuses senteurs boisées. Chaque éclat ocre résonnant un peu plus dans son iris aux reflet mordorés.
Le Brusque retour à la réalité. Les gouttes vaporeuses se sont transformées en lourds poids opaques. Elle attendait, là, devant cette grande porte au bois brut et dur, les cheveux trempés par l'orage, chaque goutte brûlant les petites pores de sa peau fraîche.
L'orage est passé. Accoudée à la balustrade, un petit cercle braisé entre les doigts, le vent carressant sa peau rougie. Le fond de l'air est imposant, lourd, fraid et doux à la fois, emplit de volutes parfumées. Elle frissone et sent cette délicate brise remonter le long de son dos.
C'était l'été dernier, allongée mollement sur le sable froid aux teintes opalines, les grains se mêlant aux mèches cuivrées de ses cheveux bouclés, les pointes rejoignant en cascade ses bras couleur pain d'épices. Muette, afin de mieux goûter aux plaisir du silence des vagues.




